JEAN-YVES LENOIR
ÉCRIVAIN ET COMÉDIEN

Le ciel est le maître du théâtre

 

 

Le ciel est le maître du théâtre
Parution en janvier 2019
aux Éditions de la Nouvelle Pléiade

 

Ce livre est un recueil de vingt contes unis par un point commun : ils sont tous inspirés d’événements de la vie d’aujourd’hui ou d’hier, de ces quelque quatre ou cinq dernières années.

Nous en connaissons les acteurs !

Ce sont les petites musulmanes enveloppées dans leur khimar ou leur hijâb aux couleurs de pastel bleu, bleu clair, bleu foncé, rose, blanc, noir.

Ce sont les Roms, qui traversent le village et sont censés voler des poules et des bottes d’osier ; derrière eux virevoltent les deux petites Romanichelles Mia et Liance.

C’est la petite Syrienne à la robe rouge de la Ghouta, qui fait la une des journaux occidentaux et des réseaux sociaux. Ce sont les lycéennes de Kandahar défigurées par l’acide sulfurique. C’est ce nuage étrange et maléfique, au nom venu d’Islande, qui assemble pêle-mêle les lettres: Eyjafjallajökull.

Mais l’auteur se définit lui-même comme un magicien, celui qui a le pouvoir d’ordonner les voyelles et les consonnes du Ciel ! Ce pouvoir lui vient de son grand-père maternel : il transforme donc les acteurs en personnages de contes d’où s’échappent des lapins, des colombes, des tourterelles, des perroquets et aussi des mouchoirs, des foulards, des voiles !

Le voile est pervers ! dit-il.

Il ajoute : Je devins. Je suis devenu. Magicien. Il ne reste que la religion des femmes nues sous le voile. C’est la religion du plaisir.
C’est la religion d’Aphrodite. Célébrons Aphrodite.

 

Jean-Yves Lenoir, tourangeau de racines et dans l’âme, scientifique de formation mais amoureux du grec et du latin, est depuis plus de quarante ans homme de théâtre. Eschyle, Aristophane, Virgile et Ovide l’accompagnent chaque jour.
Acteur, metteur en scène, enseignant la diction et l’art dramatique, il dirige la compagnie de théâtre Le Valet de Coeur à Clermont-Ferrand.
Ses passions : Molière, la langue française et son évolution au cours de l’Histoire.

 

 


 

Extrait de "Le ciel est le maître du théâtre"

Parole de nuage qui a tout dévasté et contemple son œuvre :
— Dans la lumière retrouvée, un homme seul, serein, devant sa tasse de thé, sous l’arbre blanc tandis que le décor de fond n’est qu’une toile calcinée sombre et déserte, n’est-ce pas le signe que nous sommes au théâtre ?
Qui dirige le théâtre, dites-moi ? qui frappe les trois coups ? Sûrement pas des présidents et leurs ministres et leurs experts de toutes espèces assoiffés de précaution !
Principe de précaution, anéantis-toi ! Je répète : anéantis-toi.

Le Ciel est le maître du théâtre.

Le nuage a bien compris que je me souciais de ses particules comme de l’an quarante !

 

Extrait de "Le ciel est le maître du théâtre"

Ah ! voilà les syllabes que je cherchais ; re-li-gi-ons ! Plus j’avance dans la vie – d’aucuns diraient simplement : plus je vieillis –, plus il m’apparaît que c’est ici : re-li-gi-ons ! religions ! que se situe mon combat.
Un voile sorti de mon chapeau de magicien « Mutus nomen dedit cocis », un voile a recouvert le corps de chaque femme.
Voile, fichu, mante, haïk, hijab, niqab, burqa, tchador, tschadri, kichali, tudung, ibadou.
Oh ! je sais, il a fallu du temps, beaucoup de temps, presque une entière vie. Mais aussi, quel résultat : chaque femme est recouverte d’un voile ! Chaque !
Re-li-gi-ons ! religions !
Et lorsque j’affirme que j’ai recouvert leur corps, j’affirme qu’il s’agit de leur âme, de leur esprit, de leur pensée ; j’ai recouvert l’intime des femmes, celui qui anime le cerveau, le cœur et le sexe, choisissez des trois mots celui qui vous correspond davantage. 
Le voile est pervers !
Le voile est pervers ! puisqu’il éjouit chacune des formes féminines : seins, hanches, pubis, vulve, fesses, puisqu’il apprivoise la nudité, répudiant tout autre linge et lingerie, festoyant la pluie, l’éclair et le vent.
Re-li-gi-ons ! religions !
Les religions ont disparu.
Je devins.
Je suis devenu.
Magicien.
Il ne reste que la religion des femmes nues sous le voile.
C’est la religion du plaisir. C’est la religion d’Aphrodite.
Célébrons Aphrodite.